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L'Eldorado
- par Bernard Vassor le 07/08/2008 @ 16:36
L’ELDORADO LE CAFÉ-CONCERT DU BOULEVARD DE STRASBOURG.
par Bernard Vassor, voir sur le site "Autour du père Tanguy" à la page : BALS ET GUINGUETTES

Avant d'être remarquée par Offenbach, Magdeleine, dite Zulma Bouffar se produisit à l'Eldorado.
À peine inauguré, le boulevard de Strasbourg vit s’installer un café-concert dès 1858. Le succès ne fut pas tout de suite au rendez-vous. Trois directeurs y firent successivement faillite. Des règles strictes régissaient les salles publiques sous Napoléon III, des duos comiques devaient alterner avec des chansons niaises et patriotardes. L’usage voulait que la police oblige que l’avant-scène fut formé « en corbeille », un groupe de figurantes en grande toilette et jouant de l’éventails. Les chanteurs et chanteuses devaient être en habits noirs et il était interdit aux chanteurs de danser, de mimer, ou d’apporter en scène des accessoires, parapluies, cannes ou faux cols excentriques sous peine d’amende ! Mademoiselle Judic qui chantait "Comme ça pousse", succéda à mademoiselle Cornélie de la Comédie -Française qui vint déclamer "Le songe d'Athalie"

Puis, ce fut Thérésa qui fit les beaux jours du café-concert avec des chansons idiotes : "C'est dans l'nez que ça m'chatouille ", "La femme à barbe" et : "Rien n'est sacré pour un sapeur" qui firent tordre de rire la France entière !!!! Jules Leter avec sa voix de baryton chantait « l’Amitié des hirondelles ». Blanche d’Antigny, reine de la bicherie, s’exhibait sur scènes avec des toilettes et des bijoux tapageurs. La chanteuse La Bordas et la chanteuse Amiati rivalisèrent de chants patriotiques. Pendant la Commune, la Bordas se fit révolutionnaire en chantant "La Canaille" et "la Marseillaise", mais revint bien vite après la Commune au chants revanchards bien vus par le nouveau pouvoir en place.
Ils firent aussi les beaux jours de l’Eldorado
Marcel Legay y fit ses débuts de chansonnier dans les années 1880.
Maurice Donnay tourna mal et eut une fin misérable : il obtint d'abord les palmes académiques, puis termina ses jours en habit vert.
"Moi, j'aime les Music-Halls ... du 10e" *
Pourrait-on dire en parodiant Charles Trénet et sa célèbre chanson. Quand les feux de l'actualité, et non ceux de la rampe, éclairèrent hélas la triste histoire de La Scala, il nous avait semblé bon alors de faire un petit tour de scène vers ces lieux mémorables du 10e qui en firent "l'arrondissement de la musique". En effet, tout un monde musical vivait autour du quartier des Portes : chanteurs des rues ou de scènes, compositeurs, nombreux éditeurs et marchands de partitions musicales, imprésarios à la recherche de la vedette qui ferait flamber les planches. De ce passé musical, il reste aujourd'hui quelques plaques commémoratives sur des immeubles, un ou deux noms de rues, le seul témoin qui était encore en place il y a quelques années a aujourd'hui disparu : c'était la maison de musique de Martin Cayla dont l'accordéon nostalgique résonnait encore rue du Faubourg-St-Martin- pour qui savait l'entendre - au milieu des magasins de confection enfantine.

© Collection Jeannine Christophe
L'Histoire commence au début du 19e siècle avec les cafés chantants, "les guinguettes des bords de boulevards", où l'on se rassasie autant de chansons que de repas et de boissons ; au Second Empire la mode "de boire en chantant" continue dans les cafés-concerts, à l'appellation populairement syncopée en "caf'conc". Au milieu de la Belle Époque, le caf'conc si parigot s'anglicise en "music-hall" ; sa fonction change avec son nom "hall (salle) à musique" : on ne consomme plus autour d'une table, mais on s'installe confortablement dans des fauteuils rouges, disposés en rangées, pour écouter le tour de chant d'une vedette et regarder un spectacle de variétés : "l'attraction" qui fait monter sur les planches aussi bien le jongleur de cirque, le prestidigitateur, le comique troupier que la danseuse aux longues jambes tout juste vêtue d'un pagne de bananes ou d'un truc en plumes : la revue de music-hall est née ! elle s'enrichit très vite de troupes de danseurs et de chanteurs qui font la gloire des revues à grand spectacle : "le show" des plus célèbres music-halls parisiens, là réside l'ambiguïté du terme "music-hall" désignant à la fois un établissement et un genre de spectacles.
Mais passons en revue trois des plus renommés de la vingtaine de caf'conc et music-halls du 10e : il y a ceux qui ont totalement disparu, ceux qui ont été transformés, souvent en salles de cinéma, enfin ceux qui sont en danger de disparaître ou d'être recyclé en ? …
L'Eldorado
Voir aussi l'article de Bernard Vassor sur l'Eldorado à cette page

© Collection Jeannine Christophe
Le premier de notre histoire est un café chantant au nom rutilant d'or " l'Eldorado", familièrement appelé "l'Eldo", installé dès 1858 rue du Faubourg-Saint-Martin, son succès le fait vite déménager dans une salle plus grande, 4 boulevard de Strasbourg ; là pour la première fois, les artistes ont l'autorisation de se produire costumés, travestis, évoluant et parlant (et non mimant) au milieu d'un véritable décor de théâtre. C'est par l'Eldo que se fait officiellement la transformation des salles de café-concert en salles de "théâtre-music-hall". Devenu l'établissement le plus populaire de Paris, il est le passage obligé d'un interprète d'un tour de chant pour être sacré "vedette", plus tard on dira "étoile" puis "star". C'est à l'Eldo que se produisirent des chanteurs qui connurent la grande gloire à leur époque mais dont les noms pour les générations d'aujourd'hui n'évoquent plus rien : Thérésa, Paulus, Polaire, et ceux un peu plus passés à la postérité comme Dranem et son célèbre "Ah ! les p'tits pois", Mistinguett et son "Je suis née dans l'faubourg-Saint-D'nis", Maurice Chevallier et son "Paname" et bien d'autres encore. En 1932 l'Eldo ferme définitivement, sa façade puis sa salle tombent sous les coups de pioches. On y construit une banque dans les années 1935, puis après des occupations diverses, une nouvelle salle de spectacle ouvre sur ce lieu-même qui avait su garder son âme, aujourd'hui sous le nom de "Comedia", il vibre à nouveau sous les applaudissements du public, c'est un heureux retour aux sources.
La Scala

Yvette Guilbert : © Coll. J. Christophe Jeanne Bloch à la Scala, affiche de Ludovic Galice
Au 13, boulevard de Strasbourg était une auberge guinguette devenu en 1868 café-chantant sous le nom de "Concert du Cheval-Blanc". Face au succès de l'Eldo, le directeur du Cheval-Blanc transforme en 1876 son établissement en music-hall, lui voulant un avenir aussi prestigieux que l'Opéra de Milan, il le baptise "La Scala" ; mais à défaut d'opéra, il en fait le temple de l'opérette et du tour de chant et surtout la grande rivale de l'Eldo, il lui arrache ses vedettes ; là brillent Fragson, Yvette Guilbert et bien d'autres. Transformé un temps en théâtre consacré aux vaudevilles de Feydeau, il retrouve en 1934 son panache de music-hall avec le tour de chant de Damia, il devient ensuite cinéma, puis comme bien des salles du boulevard, il est employé au service du 7e art pornographique avant d'être racheté, à l'insu de quelques uns mais surtout à l'inattention de beaucoup d'autres, par une secte religieuse, qui si on l'avait laissé faire, aurait fait retentir dans sa grande salle les chants de son gourou et produit en attraction des tours de magie guérisseuse et de passe-passe de l'argent de ses fidèles.
Le Concert Mayol

© Collection Jeannine Christophe
Évoquons enfin un lieu qui est longtemps resté en activité musicale "Le concert Mayol" au 37, rue du Faubourg-Saint-Denis avec l'entrée principale au 10, rue de l'Echiquier. En 1730, sur un terrain occupé jadis par le couvent des Filles-Dieu s'installe un café ; quand on lui dressa une estrade en 1867, il devint café-chantant et s'appella alors "Concert Parisien" ; c'est là qu'Yvette Guilbert, allant comme bien d'autres au plus offrant des caf'conc, y conduisit une revue qui fit sa gloire et celle des peintres qui la croquèrent. En 1909, un débutant, Félix Mayol, achète l'établissement, l'audace souriant aux jeunes, il n'hésite pas à lui donner son nom et ouvre l'entrée principale rue de l'Echiquier, il aménage l'entrée des artistes dans un immeuble mitoyen dont la porte cochère ornée de deux angelots est comme un clin d'œil au lointain passé religieux du lieu que ne profanent cependant pas les revues à grand spectacle qui s'y succèdent sous la houlette de divers directeurs dont Henri Varna. Là se produisent des grands noms du music-hall : Marie Dubas, Lucienne Boyer, Fernandel, Tino Rossi, etc. Il redevient music-hall d'un genre spécialisé dans les années d'après guerre en se consacrant au nu "esthétique" qui cachait sous cette appellation pudique rien d'autre qu'un strip-tease. Le Concert Mayol a ensuite, comme les autres music-halls, diverses destinées : il est longtemps magasin en libre-service alimentaire, école de style Pigier, puis entreprise d'informatique, enfin un panneau "À vendre" fut apposé avec un certain humour entre les mains des deux angelots de la porte. Aujourd'hui le Mayol est devenu un centre culturel et cultuel asiatique.

© Photo J. Christophe

Affiche d'Adrien Barrère, 1915 (TDR)
Là se termine notre tournée des grands ducs des trois plus célèbres music-halls du 10e, mais laissons Mistinguett conclure "Le music-hall : c'est des femmes, c'est des plumes, c'est des gens. C'est rien et c'est tout, mais tout c'est la vie !".
Jeannine Christophe
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* Article paru dans "La Gazette du Canal", n° 25, été 2000
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