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Texte à méditer :  

L'Histoire est entrain de perdre son grand H
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Régis Debray
  

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La dernière nouvelle

L'Historien Georges Duby, enfant du 10e - le 17/12/2019 @ 01:30 par HV10

L’Historien Georges Duby, enfant du 10e

Georges Duby est né le 7 octobre 1919, à Paris, à deux pas de la République. L’appartement donnait sur la cour. Cette cour fut son premier terrain de jeu. Un rayon de soleil y venait parfois ; trois rangées de plantes vertes s’alignaient devant la loge de la concierge ; entre les pavés, un peu de mousse ici et là, et puis cette odeur de cuir, sauvage et douce, exhalée par des entrepôts qui lui paraissaient insondables…

Les lignes qui précédent sont de l’historien Georges Duby lui-même, enfant du 10e cherchant, ainsi que d’autres collègues, à éclairer sa propre histoire dans les Essais d’ego-histoire parus en 1987. Pour le centenaire de sa naissance, il vient d’entrer dans la bibliothèque de la Pléiade. Une première pour un historien contemporain, un grand médiéviste doublé d’un écrivain.

7 octobre 1919 : Sortie victorieuse d’une terrible guerre. Après les tranchées, tous aux urnes. La presse titre sur un calendrier : toutes les élections, ajournées pendant le conflit, sont programmées à partir de novembre. Au 44 rue des Marais - aujourd’hui rue Albert Thomas - un enfant unique paraît car « par hasard, le père échappa à la tuerie »[1]. Tout près, la station de métro Lancry - aujourd’hui Jacques Bonsergent.


Quartier d’enfance de Georges Duby
Extrait du plan de Paris divisé en 20 arrondissements, dressé par L. Guilmin (1926)

Georges Duby évoque ses premières années dans un cadre auréolé de tristesse, à l’opposé de l’idée de la ville de Paris, « la plus belle évidemment de l’univers, la Ville-lumière, comme on disait dans cette enfance » [2]:

« Plutôt sinistre le premier étage sur cour de la rue des Marais, sinistre aussi l’école paroissiale où G.D. apprit à lire, à compter et la morale »[3]. « Cette enfance fut emprisonnée dans le Paris le plus resserré, comme étouffée en ce quartier encore central où se mêlaient le populaire et le demi-monde, les fureurs ouvrières de la rue Grange-aux-Belles et les plaisirs faisandés du Faubourg Saint-Denis. Chaque été, c’était la délivrance, le départ pour une ville minuscule, assoupie, toute pénétrée par la campagne bressane »[4].

Le 10e arrondissement de Georges Duby, c’est un désert de pierres sans arbres, « l’image de gardes républicains chargeant les grévistes sur le boulevard Magenta »[5]. Est-ce seulement un morceau de Paris noir et rouge, un décor noir entaché de rouge par les figures populaires, ouvriers en colère ou prostituées racoleuses, qui arpentent ses rues ?


1er mai 1920 à Paris, Agence Rol, Gallica
Les forces de l'ordre bloquent les manifestants au carrefour du boulevard de Magenta et de la rue Beaurepaire

Le cadre d’enfance n’est pas si sombre et reprend de la vie quand Georges Duby l’évoque lors d’entretiens radiophoniques : « Je suis très fier d’être né tout près de la place de la République et du canal Saint-Martin […] J’aime le soleil, la campagne mais Paris, c’est ma ville » [6]. « Cette saveur d’une enfance parisienne remonte avec des parfums, parfums du crottin de cheval dans le boulevard Magenta, parfum du canal Saint-Martin, toute une nostalgie au fond » [7].
Le père, pourtant sérieux et sévère, apporte aussi de la couleur et de la fantaisie par le métier qu’il exerce excellement en haut de la rue Saint-Martin, près de la Porte :

« Mon père était un artisan. Il était teinturier. Il peignait les plumes de Mistinguett et de Joséphine Baker. Il travaillait pour les plumassiers du Sentier. Cela aussi m’a marqué, le fait que mon père, au-dessus de ses bassines, choisissait exactement la couleur. S’il se trompait, il fallait rejeter tout le bain et faire autre chose. Et l’attachement à la perfection formelle, je crois, c’est important aussi dans la manière dont j’ai conduit mon métier » [8].
Georges Duby explique aussi avoir été « lâché très vite dans Paris »
[9] et avoir pu ainsi découvrir Notre-Dame de Paris, « chronique amoureuse de pierres et de mystères » [10] qui l’a fasciné toute sa vie : « Ma première promenade d’enfant, je l’ai faite à sept ans. Ma mère m’a fait traverser le boulevard Magenta. Ensuite, seul j’ai descendu la rue du Temple et, à la Seine, je me suis dirigé sans hésitation vers Notre-Dame. Je me souviens parfaitement de cette première visite. […] Je ne savais pas encore que je deviendrais médiéviste et que j’aimerais toute ma vie me perdre dans le cœur des villes »[11].
En 1930, le père perd son épargne. La famille quitte Paris pour Mâcon en 1932. Évadé du désert de pierres, Georges Duby « découvre les arbres, le vent, les brumes »[12]. Selon lui, c’est une succession de hasards qui va l’amener à devenir historien.


Georges Duby à son bureau (1984) © B. Lesaing

Dans la deuxième moitié du XXe siècle, Georges Duby a réinventé le Moyen-Age, enquêtant avec passion sur les structures sociales et mentales du système féodal en s’aidant à la fois des archives matérielles et des historiens du passé. Après avoir soutenu en 1952 une thèse sur La Société aux XIe et XIIe siècles dans la région mâconnaise, il a enseigné à la faculté d’Aix-en-Provence, puis créé en 1970 la chaire d’histoire des sociétés médiévales au Collège de France.
Après la consécration académique, les années 70, caractérisées par un engouement pour l’histoire, alors qualifiée de nouvelle, permettent à Georges Duby de rencontrer le grand public sans vulgariser. Styliste de l’écriture, il conçoit le discours historique comme une œuvre d’art, une analyse subjective permettant, par la compréhension du passé, d’agir plus efficacement sur le présent. Il publie personnellement, entre autres, Guerriers et Paysans (1973), Le Dimanche de Bouvines (1973), Le Temps des cathédrales (1976), Les Trois Ordres ou L'Imaginaire du féodalisme (1978). Il dirige également de grandes publications collectives : Histoire de la France (1970-71), Histoire de la France rurale (1976), Histoire de la France urbaine (1980-85), Histoire des femmes en Occident (1990-92) … rendues possibles par le dynamisme éditorial de l’époque.